Quel avenir pour les touaregs

Publié le par Asbl temet

 

Les gouvernements du Mali comme du Niger sont en conflit quasi permanent avec la population touareg. vendredi, Ibrahim Ag Bahanga, rebelle touareg malien, a reconnu être à l’origine de l’enlèvement d’une quarantaine de soldats de l’armée régulière les 26 et 27 août derniers. Il s’est engagé à cesser ses attaques, mais la tension demeure. Abdoulahi Attayoub, président de l’association Temoust, représentant de la diaspora touareg en Europe livre son point de vue. L’association est créée en 1991 en France. Elle vise à faire connaître les Touareg et la crise qu’ils traversent. Son président revient ainsi sur la situation de ces derniers jours ainsi que sur la question Touareg d’un point de vue plus global.

Quel est votre point de vue sur les récents enlèvements de soldats maliens ?

Abdoulahi Attayoub : Il s’agit d’opérations militaires destinées à faire pression sur l’Etat malien pour qu’il avance sur la question des touaregs. Les groupes qui mènent ces actions ont peut-être une position plus radicale par rapport à l’ensemble des Touaregs, mais dans le fond les revendications sont les mêmes.

Pourquoi y a-t-il une recrudescence des enlèvements ces derniers jours alors que les accords d’Alger ont été signés ?

En fait, il y a une partie des Touaregs qui estime que les accords de paix signés entre le Mali et le peuple Touareg ne sont pas appliqués au rythme qu’il faut, et surtout, dans leur totalité. Beaucoup de gens pensent que l’Etat malien n’a pas la volonté politique d’agir. Les autorités maliennes ne donnent pas suffisamment de moyens pour l’application de la décentralisation ; elle est effective mais n’est pas accompagnée par les moyens nécessaires à sa mise en place.

Ibrahim Ag Bahanga s’est engagé à ne plus attaquer l’armée. Comment peut-on interpréter cette promesse ?

D’une certaine manière, Bahanga a dû avoir des assurances sur le fait que ses revendications vont être satisfaites. On a dû lui donner une assurance sur le bon déroulement du processus de paix. Mais, au regard de l’histoire - par exemple, le pacte national signé en 1992 n’est toujours pas appliqué - Bahanga a raison de se méfier aujourd’hui. Cependant, il faut préciser qu’il y a eu des avancées dans le processus de décentralisation du pouvoir.

Est-ce que la situation des Touaregs au Mali et au Niger est comparable ?

Oui, ce sont les mêmes problèmes dans les deux pays. Les Touaregs ont été mis de côté sur le plan économique et sur le plan politique. Les accords de paix ont permis d’améliorer leur situation, mais surtout sur le plan sécuritaire. Il n’y a pas de règlement du fond du problème.

Peut-on parler de division au sein des Touaregs, étant donné la position de l’Alliance démocratique du 23 mai 2006, qui condamne les enlèvements et les attaques ?

On ne peut pas vraiment parler de division, mais il y a des groupes qui sont plus exigeants que d’autres. Sur le fond, les deux parties sont d’accords et espèrent les mêmes choses pour le peuple Touareg.

L’alliance Touareg Niger-Mali (ATNM) est née il y a quelques jours. En quoi consiste-t-elle et quels sont ses objectifs ?

Je n’ai pas vraiment d’éléments sur cette alliance, mais en tout cas il n’y a pas de stratégie politique derrière ça. Je sais qu’elle n’a été validée ni par le Mali ni par le Niger, mais les problèmes de fond sont les même pour tous. Chaque mouvement Touareg discute avec son Etat, mais ça n’empêche pas que le problème est global, qu’au-delà de l’importance nationale, c’est un problème lié à la survie du peuple Touareg.

Quelles sont les revendications des Touaregs du Mali et du Niger ?

Abdoulahi Attayoub : Ce sont des populations marginalisées depuis l’indépendance des deux pays. Il y a eu une première rébellion en 1960, puis celle plus connue en 1990. Ces rebellions ont été suivies d’accords de paix, qui n’ont pas abouti. Les Touaregs estiment qu’ils n’ont pas la place qui leur revient au niveau politique et économique en terme de partage du pouvoir. Ils veulent être considérés comme des citoyens et cette reconnaissance passe par une décentralisation du pouvoir qui leur permettrait de gérer leurs affaires. Ils pensent que c’est la meilleure manière de désamorcer les tensions. Il y aussi des revendications économiques.

Par exemple, le Niger produit de l’uranium, mais les Touaregs estiment que cette production ne profite pas aux populations locales et que tout revient à l’Etat. Ensuite, ils demandent une reconnaissance de l’identité culturelle, au niveau de la langue et de l’écriture.

Mais aussi un partage du pouvoir, car les Touaregs au Niger qui représentent la deuxième communauté en nombre sont traités comme une minorité. C’est une aberration !

Quel avenir voyez-vous pour les Touaregs ?

Je vois une décentralisation poussée dans les deux pays dans lesquels les Touaregs gèrent eux-mêmes leurs régions afin de s’occuper de tous les aspects, qu’ils soient économiques, sécuritaires ou encore culturels. L’avenir passe par la décentralisation du pouvoir, c’est très important. Mais il y aussi une dimension inquiétante, les Touaregs vivent dans le Sahara central, une région très vaste avec une population très faible. L’uranium et le pétrole représentent des richesses non négligeables qui peuvent attirer les convoitises des puissances étrangères. On le voit déjà avec les conflits entre Areva et le Niger. La situation géopolitique est également un aspect à prendre en compte car c’est une position stratégique, proche du Moyen Orient, de l’Europe et de l’Afrique.

Propos recueillis par Maral AMIRI

L'Observateur du 3 septembre 2007

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